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Où l’on rencontre les protagonistes, et l’on se rend compte qu’ils sont un.

J’ai été longtemps dans les décombres d’une ville.

J’allais et venais dans ses artères, je parcourais ses organes effondrés.

Je trainais dans ses allées, je furetais dans ses sous sols.

Je tirais mon cadi, mettant dedans, pêle-mêle, des vieux cadres brisés présentant des sourires effacés.

Des articles de journaux jaunis parlant d’oppression et de libertés.

Des bobines d’amour déchirées, des pellicules d’espoir délavées.

Des couleurs criardes se mêlaient au sépia du passé.

Je croisais quelque fois une ombre, des formes qui disparaissaient au moment même où j’approchais. Ils ou elles avaient peur, ou ne voulait pas me voir. Que s’était-il passé ici et qu’en savaient-ils ?

Ce que je peux dire, c’est que ses habitants et ce lieu avaient continué à vivre, à pousser coûte que coûte.

Un jour que j’étais monté sur l’un de ses plus hauts buildings pour y prendre mon petit déjeuner face au soleil levant, la lumière rasante m’a révélé effectivement quelque chose.

Au départ, mon esprit aveuglé refusa de le voir. Puis alors que l’intuition s’éteignait comme un braséro en manque de combustible, je voulus la rattraper de la main comme on rattrape une jolie fille qui s’échappe. Je n’ai qu’une pensée, ne pas la laisser partir.

Alors, je me débats, je me force à creuser. Repoussant toutes les pensées qui se présentent pour distraire mon œil intérieur. Tout et n’importe quoi ! Pourvu que je ne l’a rattrape pas !

Mais je m’entête, je l’ai presque.

Ma main saisie la queue de cette comète, je la serre de toutes mes forces, et alors que je la tiens, enfin, le voile se déchire. Je tombe du haut du building, et dans ce dernier instant de conscience, je relève le regard.

Et je le vois. Je le vois enfin ce paysage, qui est sillon, qui est bloc. C’est mon corps, c’est mon visage, c’est mon âme, cette cité construit de bric et de broc. Ces gens c’est moi. Ces couleurs c’est moi. Ces formes c’est moi.

Le dire ? Je ne sais pas si cette chute m’importe, mais en rire oui. Rire de moi, rire du monde, rire avec moi, rire avec le monde.

Voilà ! Un cadre est posé, car pour toute histoire, il faut un cadre. Maintenant suivez votre propre guide et bon vent ! Peut être nous croiserons nous sur ces océans mimésiques(1).

— 

(1) La notion d’expérience mimésique fait appel au concept aristotélicien de la mimésis, c’est-à-dire d’une mise en présence qui produit un effet de présence.


 
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